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Cette Semaine n°84, février mars 2002

Posted in sur les RZ on septembre 21, 2009 by encatiminirotezora

Extraits du Cette Semaine #84, fév/mars 2002.

Depuis mars 2001 a lieu à Berlin le procès de cinq personnes, Matthias Borgmann, Sabine Eckle, Harald Glöde,Axel Haug et Rudolf Schindler, accuséEs d’appartenance aux RZ (Revolutionäre Zellen, cellules révolutionnaires) ainsi que d’attentats commis entre 1986 et 1991.

Ce procès n’est pas un fait unique et isolé puisqu’on peut déjà le mettre en parallèle avec l’arrestation à Paris, le 16 janvier 2000, de Sonja Suder et Christian Gauger, deux autres présuméEs membres des RZ qui avaient disparu d’Allemagne depuis 1978 1. De manière plus générale, ce procès s’inscrit dans un contexte de répression en Europe. En Allemagne, comme en Italie ou ailleurs, on tente ainsi de clore le chapitre de la lutte armée. Or si l’état allemand a réussi, depuis longtemps déjà, à tuer ou à enfermer pour des années de nombreux/ses membres de la RAF ou du mouvement du 2 juin, il a, malgré de nombreuses tentatives de coups de filet et perquisitions en tous genres, toujours eu beaucoup de mal à mettre la main sur des RZ et à les faire juger, soit qu’elles/ils réussissent à disparaître, soit par manque de preuves 2.

Ce procès illustre également l’emploi de toute une législation anti-terroriste qui avait été votée sous la forme de lois d’exception dans les années 70, et qui depuis ne cesse d’être réactivée 3. Ainsi, les accusÉs tombent-ils/elle sous le coup du paragraphe 129a qui punit « l’appartenance à, le soutien à, ou la publicité pour une association terroriste », et c’est la législation sur les repentis qui a rendu ce procès possible puisque tous/toute sont inculpéEs sur la base des déclarations du repenti Tarek Mousli.

Enfin, avec ce procès, se posent les questions habituelles quant à la manière dont s’organise la solidarité. Dès le début de cette affaire, un comité de solidarité s’est mis en place à Berlin, organisant le soutien financier ainsi que plusieurs manifestations. Le principal débat avec ce comité, qui se veut le plus large possible (comprenant des membres des églises, des Verts, du PDS …), porte sur le fait d’assurer une défense essentiellement et pointilleusement juridique, évitant de faire référence aux RZ, les avocatEs allant même jusqu’à demander à ce que le mot de « traître » ne soit jamais prononcé en public pour qualifier Mousli, car cela signifierait qu’il y avait quelque chose à trahir et irait donc à l’encontre de la ligne de la défense qui cherche à démontrer l’innocence des accuséEs. Pourtant, et c’est ce qu’expriment certaines personnes dont l’un des accuséEs, l’occasion est toute trouvée, non seulement pour discuter de ce qu’ont pu être les RZ, mais surtout de ce que cela peut vouloir dire aujourd’hui. Il ne s’agit pas de faire leur hagiographie, leur l’histoire est suffisamment complexe et ils/elles ont produit assez de textes critiques sur leur fonctionnement et leurs actions pour que cela ne soit pas le cas, d’autant plus que sur certains points on peut avoir du mal à se sentir proche d’elles/eux quand on est libertaire 4. Il s’agit de manifester sa solidarité avec des individuEs qui ont refusé toute déclaration aux keufs, ce qui ne peut que nous les rendre sympathiques, et qui sont aux prises avec une répression qui guette toutes celles et tous ceux qui se révoltent tout en ne rejetant aucun moyen de lutter, et de se montrer solidaires d’actes, dont on peut dire qu’ils sont toujours d’actualité, car, depuis, rien n’a changé.

1. Les mandats d’arrêt, émanant du BKA, mentionnaient les motifs de meurtre et tentative de meurtre pour deux attentats à l’explosif en 1977 à Nuremberg et Frankenthal, ainsi qu’une tentative d’ incendie contre le château d’Heidelberg.Cependant ils ont tout d’abord été libéréEs sous caution puis l’extradition a été refusée par l’état français, pour cause de prescription de sa part pour ce qui est de l’appartenance au RZ et de manque de preuves pour les autres accusations ( reposant là encore sur des déclaration du repenti Hans Joachim Klein).

2. Le fait qu’il s’agisse de groupes autonomes, organisés de manière décentralisée et non hiérarchique (le mot d’ordre était « créez beaucoup de cellules révolutionnaires! ») a certainement constitué un facteur déterminant. Apparemment, la plupart des membres des RZ n’entraient pas non plus en clandestinité mais faisaient aussi partie de mouvements légaux.

3. Introduit le 24 juin 1976, le paragraphe 129a a ensuite été élargi en 1986 afin de pouvoir également être appliqué à de petits groupes autonomes. Les Verts qui à l’époque clamaient leur volonté d’abroger le 129 a, viennent de voter son élargissement à toutes les « organisations criminelles et terroristes étrangères » par l’article 129b dans le cadre des « Sicherheitspackete » (mesures « de sécurité » qui ont suivi les attentats du 11 septembre).

4. Même si les RZ se sont toujours défendu de vouloir être avantgardistes, on peut citer à ce propos l’article publié dans le numéro 114 de « Radikal » de mars 1983 (page 22) où on peut lire :  » Dans le rapport qu’elles entretiennent avec les mouvements de masse, les RZ ont de plus en plus eu tendance à faire le lien avec ces mouvements en voulant éduquer les masses à la militance et à l’offensive grâce à leurs actions, les incendies et les attentats à l’explosif faisant office de baguette pédagogique. On ne peut accepter un tel rapport éducatif ».

Synthèse du procès contre les présuméEs membres des RZ

Le procès des personnes accusées d’avoir appartenu aux RZ et commis des attentats repose essentiellement sur les déclarations d’un repenti, l’un des enjeux de la défense consiste à démontrer non seulement qu’il ment mais aussi qu’il ne s’est pas contenté de balancer des gens pour sauver sa peau mais qu’il avait bien auparavant décidé de vendre des infos aux flics pour résoudre ses problèmes de thunes. C’est pourquoi la première partie concernant le repenti en question, Tarek Mousli, se trouve jusqu’à présent au centre des débats au tribunal et est à prendre au conditionnel.

Si l’on veut reconstituer la chronologie des événements qui mènent à ce procès, tout commence officiellement le 4 juillet 1987 par le vol à Salzhemmendorf de plus de 100 kg de l’explosif industriel Galomon 40. La plus grande partie de ces explosifs n’a toujours pas été retrouvée jusqu’à présent, mais dans la nuit du 27 au 28 mars 1995 une partie de ces explosifs, soient 24 bâtons, aurait été volée, selon les dires d’un des voleurs en personne (sic), dans la cave de Tarek Mousli, un membre du milieu autonome berlinois depuis longtemps. Par ailleurs, le voleur en question aurait également pris soin de remettre un ou des exemplaires de ces explosifs à la police berlinoise.

Le BKA 1 affirme n’avoir eu connaissance de cette réapparition « magique » que deux ans plus tard, en novembre 1997. Pourtant le lien avait été fait avec le type d’explosifs fréquemment utilisés par les RZ.

Le 11 mars 1998, le Procureur de la République lance une instruction pour ce vol datant de trois ans auparavant. Le lendemain, la cave de Tarek Mousli est perquisitionnée et on y trouve, bien entendu, des traces d’un dépôt d’explosifs.

Le 13 octobre 1998, une enquête est ouverte contre Mousli pour soutien à une association terroriste ; son téléphone est mis sur écoute pendant sept mois et le 14 avril 1999 c’est son domicile qui est perquisitionné. Lui-même est arrêté puis relâché après son interrogatoire, pour être à nouveau arrêté un mois plus tard. Le 16 juin 1999, Mousli déclare avoir entreposé des explosifs dans sa cave et il est libéré le 7 juillet, juste après avoir réitéré ses déclarations face au juge.

Le 24 août 1999 : sur les indications de Mousli, la police découvre dans une fosse à eau le reste des explosifs de la cave. Ayant découvert le vol, il aurait décidé de les y cacher. Mais il n’en reste à présent plus de trace car la police affirme les avoir fait exploser.

Toujours est-il que le 23 novembre 1999, Tarek Mousli est remis en garde à vue, mais pour de nouveaux motifs : il est accusé d’être le meneur d’une association terroriste, d’appartenir aux RZ, d’avoir entreposé des explosifs et participé à l’attentat contre la ZSA (centre d’aide sociale pour demandeurs d’asile) du 6 février 1987 ainsi qu’aux attaques (prescrites) contre Hollenberg en octobre 1986 (il était alors directeur du service des étrangers à Berlin) et contre Korbmacher (président de la cour du tribunal administratif) en septembre 1987. C’est alors que Mousli aurait demandé un entretien avec un représentant du BAW pour parler de l’application de la loi sur les repentis avant d’être présenté à un juge d’instruction.

Le 14 décembre 1999, sur la base des dépositions de Tarek Mousli, des mandats d’arrêt sont lancés contre Axel Haug, Harald Glöde et Rudolf Schindler. Ce dernier se trouve à ce moment-là déjà en détention préventive à Francfort sur le Main, le repenti Hans-Joachim Klein l’accusant d’avoir été impliqué dans l’attaque de la conférence de l’OPEP à Vienne en 1975.

Le 19 décembre 1999, le BAW, le BKA et le polizeiliche Staatsschutz déclenchent à Berlin une opération policière de grande envergure : des centaines de policiers lourdement armés assistés des unités spéciales anti-terroristes (CSG 9) investissent le centre alternatif de Mehringhof 2. En tout, plus de 1000 fonctionnaires perquisitionnent le lieu durant plus de 24 heures à la recherche d’une supposée cache d’armes et d’explosifs, dont ils ne trouvent d’ailleurs aucune trace. En revanche, cela provoque plus de 100 000 DM de dégâts au Mehringhof et l’arrestation puis l’expulsion de deux sans-papiers qui participaient à une fête latino dans une salle du lieu. Le même jour, Axel Haug et Harald Glöde sont arrêtés à Berlin et Sabine Eckle à Francfort sur le Main. Le lendemain, trois mandats d’incarcération sont délivrés à leur encontre : ils/elle sont accuséEs d’appartenance aux RZ ( Axel entre 1985 et 1995, Harald de 1989 à 1995 et Sabine de 1985 à 1990) ainsi que de possession illégale d’explosifs ; ces mandats seront par la suite élargis à la participation aux attentats contre la ZSA en 1987 et contre la Siegessäule en janvier 1991. Axel Haug est en outre soupçonné d’avoir caché au Mehringhof un dépôt d’armes et d’explosifs et il aurait, selon le BAW, fait partie avec Harald Glöde d’une « commission de coordination » chargée de distribuer des fonds à des groupes légaux et illégaux.

Le 18 avril 2000, c’est au tour de Matthias Borgmann d’être arrêté à Berlin alors qu’en même temps on perquisitionne son appartement et son bureau à la faculté technique. Le lendemain, la justice confirme le mandat d’arrêt, les chefs d’inculpation sont les mêmes que ceux reprochés aux autres (il est sensé avoir appartenu aux RZ de 1985 à 1995).

Le 18 mai 2000, à Yelloknife au Canada, Lothar Ebke est arrêté par la police canadienne en présence d’un fonctionnaire du BKA et sa maison est perquisitionnée. Son arrestation est à mettre sur le compte d’une disposition du BKA et ce qui lui est reproché correspond aux accusations portées contre les autres inculpés.

Le 30 mai 2000, a lieu une deuxième perquisition du Mehringhof. Grâce à une installation vidéo, Tarek Mousli guide les fonctionnaires du BKA à travers le centre mais cette fois encore ils ne trouvent ni les explosifs ni les produits chimiques espérés. Comme on l’apprendra plus tard, Tarek Mousli ne se trouve déjà plus en prison car il a obtenu une dispense de peine.

Le 18 juin 2000, au Canada Lothar Ebke est relâché contre une caution de 100 000 dollars canadiens.

Le 4 août 2000, la justice refuse les demandes de remise en liberté de Sabine, Axel, Harald et Matthias.

Le 6 décembre 2000, s’ouvre le procès contre Tarek Mousli devant la deuxième chambre correctionnelle de Berlin. Mousli fait des aveux complets sur son appartenance aux RZ et charge à nouveau Sabine, Matthias, Harald, Axel et Rudolf (toujours en préventive). Le juge et le Procureur Général s’étaient déjà mis d’accord et avaient déjà annoncé une peine de sursis si Mousli se montrait vraiment coopératif, c’est donc sans surprise que le 18 décembre 2000, après seulement quatre jours de débats, Mousli est condamné à deux ans avec sursis pour appartenance aux RZ et participation à un attentat à l’explosif. Il quitte le tribunal en homme « libre », désormais sous la protection du BKA et pouvant profiter des avantages réservés aux repentis (entre autres une pension de 2400 DM par mois, loyer, téléphone et voiture de location payés).

Le 22 mars 2001 débute le procès contre Axel, Harald, Sabine et Matthias à Berlin, dans la section spéciale du tribunal criminel de Moabit. Il est mis en scène dans la pure tradition des procès anti- « terroriste » des années 70 : de nombreuses personnes se voient refuser l’entrée de la salle, celles et ceux qui peuvent assister à l’audience subissent une fouille systématique et doivent remettre leurs papiers d’identité qui sont photocopiés, une délégation d’observateurs internationaux ne peut conserver son matériel pour prendre des notes, le repenti Tarek Mousli porte un gilet pare-balle et est protégé par des gardes armés… Sinon les débats ne durent que deux heures : les accuséEs déclinent leur identité et les avocatEs déposent des nullités de procédures et demandent l’interruption des débats pour se procurer les dossiers nécessaires à la défense. L’état de santé de Sabine est également examiné : la détention a aggravé les crises de migraines et de vomissements dont elle souffre, et elle a perdu beaucoup de poids (elle ne pèse plus que 43 kg). La doctoresse de la prison confirme que les conditions de détention ne lui assurent pas un suivi médical suffisant (par exemple lors de sa dernière crise elle a dû attendre trois heures des médicaments dont elle a besoin).

Le 5 avril 2001, au troisième jour, c’est une révision complète du procès qui est évoquée. En effet, il est question de coupler la procédure en cours avec le dossier de Rudolf Schindler, lui aussi mis en cause par Mousli, décidément fort prolixe.

Le 12 avril 2001, le tribunal fait part de sa décision : Rudolf Schindler, qui vient à peine d’être relaxé dans le procès de l’OPEP (au cours duquel Mousli a également témoigné à charge), est associé à la procédure et donc également emprisonné. Afin de pouvoir associer tous les dossiers, le procès est ajourné jusqu’à la mi- mai.

Pour les accuséEs qui se trouvent en préventive depuis plus de onze, voire de quinze mois, cela signifie au moins cinq mois supplémentaires d’emprisonnement sans que l’affaire n’avance d’un pouce. La remise en liberté provisoire est refusée.

Le 17 mai 2001 a donc lieu le premier jour du nouveau procès : les cinq personnes sont accusées d’avoir été membres de l’organisation terroriste des RZ depuis 1985 et jusque dans les années 90, avec le privilège en plus pour Rudolf Schindler d’en avoir été l’instigateur. Tous/toutes sont également inculpéEs de participation à l’attentat contre le ZSA en 1986 et Axel Haug, Matthias Borgmann et Harald Glöde doivent répondre de l’attentat contre la Siegessäule en 1991. Pour ce qui est des chefs d’inculpation, rappelons que l’on reproche à tous/tes les accuséEs les attaques contre Hollenberg en octobre 1986 et Korbmacher en septembre 1987. Certes, il y a prescription pour ces faits, mais selon le Parquet ils « montreraient la dangerosité de l’association RZ » (communiqué de presse du 19 décembre 1999). En revanche, les attentats à l’explosif ne sont prescrits qu’après une durée de 20 ans.

Au cours du procès, les débats tournent pour l’instant beaucoup autour des déclarations de Tarek Mousli et les comptes rendus mettent en évidence de nombreuses incohérences et contradictions, même avec certains éléments d’enquête, ainsi que de gros trous de mémoire. Par ailleurs, une autre stratégie des avocatEs consiste apparemment à tenter l’ajournement et par conséquent à obtenir des libérations conditionnelles. Elles ont par exemple utilisé l’argument de dissimulation de pièces à conviction (en l’occurrence les cassettes des écoutes téléphoniques des RG !). Cela a provoqué le courroux du procureur général qui a littéralement déclaré « la guerre » à la défense mais n’a pas fait fléchir la juge qui a estimé que puisqu’il fallait s’attendre à une peine d’au moins cinq ans, une détention préventive d’un an et demi/deux ans, n’avait rien de « démesuré ».

Sinon, pour l’instant rien de spécial ne semble avoir été dit sur les RZ, si ce n’est que le commissaire du BKA en charge du dossier dans les années 80 est venu dire ce qu’il savait des RZ de Berlin avant les déclarations de Mousli, apparemment pas grand chose et que des passages du journal « Revolutionärer Zorn » (colère révolutionnaire) des RZ, numéro 6 de janvier 1981, ont été lus.

Pour ce qui est du public, il semble qu’il y ait une présence régulière au tribunal, ce qui donne lieu à des comptes rendus sur internet 3 et, de temps en temps, à des actions un peu plus offensives. Ainsi le 19 juillet 2001, environ vingt personnes étaient venues avec des tee-shirts sur lesquels était écrit  » 19 mois sont 19 mois de trop » pour protester contre la détention des accuséEs.

Le 7 septembre 2001 : il faut signaler la décision de la plus haute chambre de justice des territoires nord-ouest du Canada, de livrer Lothar Ebke, qui avait été arrêté une première fois le 18 mai 2000, à la justice allemande. Il a été d’abord mis en préventive, puis 15 jours après à nouveau libéré sous caution, aux mêmes conditions que la première fois : 100 000 dollars canadiens de caution, dont 25 000 en liquide, l’obligation de pointer une fois par jour au commissariat, et l’interdiction de quitter la ville. Cette libération a été rendue possible par la mobilisation massive de ses amiEs et voisinEs. Lothar a fait appel de cette décision mais auparavant c’est au ministère de la justice de se prononcer, et il ne le fera certainement pas avant le printemps 2002.

Lulurev, le 23/01/02

NB : Tout d’abord disperséEs dans des prisons différentes à Dusseldorf, Wuppertal, Francfort et Berlin, les accusés se trouvent à présent à Moabit, à Berlin alors que Sabine a été transférée à la prison pour femmes de Pankow, aussi à Berlin. Ils/elle subissent les conditions de détention prévues par le paragraphe 129a, à savoir, en isolement, une seule heure de promenade par jour, des visites d’une demi-heure seulement une heure tous les quinze jours, en présence d’un membre du BKA qui prend des notes et le contrôle systématique du courrier par le parquet. Pour leur écrire, il vaut apparemment mieux faire passer le courrier par le parquet général de Karlsruhe, car les lettres envoyées directement aux prisonniers ne leur sont pas remises mais envoyées au parquet pour contrôle, ce qui occasionne encore plus de retards.

1. Le BKA est un mélange de police criminelle et de RG, au niveau fédéral.

2. Sur la perquisition au Mehringhof, voir Cette Semaine n°79, fév. 2000, pp. 28-29.

3. Pour les diverses informations, voir le site : http://www.freilassung.de/

La réactivation des croisements de fichiers en Allemagne après le 11 septembre

Dans les années 70, le directeur du BKA, Horst Herold, mit en place la Rasterfahndung : il s’agissait d’un contrôle massif de police effectué par ordinateur et qui devait à l’époque permettre de localiser et d’arrêter les membres de la RAF. Pour ce faire, les enquêteurs commencèrent par établir leur profil et ainsi les critères de recherche qu’ils estimaient significatifs : on partit notamment du principe qu’ils/elles vivaient dans des immeubles anonymes, avec garage souterrain, et payaient leurs loyers ainsi que les notes d’électricité en liquide. Ils avaient ensuite la possibilité de consulter et de croiser entre eux les fichiers non seulement d’administrations publiques comme le bureau d’inscription de la population (Einwohnermeldeamt) ou bien encore les allocations familiales ou les caisses d’assurances maladie, mais aussi de compagnies privées, de gaz, d’électricité, d’eau, de ramassage d’ordures ainsi que de banques, d’agences immobilières ou de voyages. Au fur et à mesure, on passait au crible la vie des personnes dont les « caractéristiques » coïncidaient avec les profils pré-établis des coupables présuméEs et on éliminait ainsi d’éventuelLEs suspectEs. Le pouvoir a souvent argué du fait que cette méthode aurait permis la localisation du prétendu membre de la RAF Rolf Heissler pour justifier son emploi, mais il est aussi important de souligner que les informations trouvées au hasard de ces contrôles massifs et concernant d’autres personnes peuvent être utilisées comme preuves dans le cadre de toutes autres procédures (y’a pas de petits profits !).

Dans les années 80 eurent lieu de nombreuses luttes (dont juridiques) contre ces procédés et cette méthode ne fut utilisée que rarement, mais elle fit son retour en force au début des années 90 avec la lutte contre la soi-disante « criminalité organisée ». C’est ainsi que, depuis 1992, on la trouve dans le code de procédure pénale sous la dénomination de paragraphe 98a.

Bien entendu, après les attentats du 11 septembre, les autorités allemandes ne sont pas restées en reste et ont profité de la situation de risques « de violences qui pourraient être commises en RFA par des cercles islamistes extrémistes » et « d’attentats terroristes de la part d’individus ou de petits groupes fanatisés » pour lancer une vaste opération de contrôle sur l’ensemble du territoire. Les procédures ne sont pas exactement les mêmes selon les Länder, et bien sûr les critères ont été redéfinis. Ainsi à Berlin est-on à la recherche de jeunes hommes musulmans d’origine arabe, étudiant des matières techniques, financièrement indépendants, maîtrisant plusieurs langues, ayant fait de nombreuses demandes de visas et, si possible, ayant suivi une formation de pilote d’avions. Enfin, en bons « Schläfer » [agents intégrés à la population succeptibles d’être activités à tout moment, littéralement des dormeurs] qui se respectent, ils sont sensés avoir la vie la plus tranquille possible. On a donc demandé leurs données aux facs, aux écoles supérieures, aux écoles de pilotage, mais aussi aux entreprises en relation avec le nucléaire, les produits chimiques, biologiques ou radiologiques. Il y a eu des protestations, notamment de la part d’associations étudiantes, mais apparemment pas de refus massif de coopérer avec les flics, et d’ores et déjà, même si il y a pour l’instant peu de détails, on sait que des personnes ont été longuement interrogées et mises en détention suite à ces tris.

Et voilà, ça continue ! …

Note : On trouvera plus de détails sur les autres mesures prises en allemagne après le 11 septembre dans la Rote Hilfe 4/2001, pp. 6-23

ACTION CONTRE LA « SOZIALHILFESTELLE FÜR ASYLBEWERBER »

(ZSA, équivalent de l’OFPRA), Berlin en février 1987

Notre attaque contre la ZSA à Berlin est dirigée contre la politique de droit d’asile pratiquée par des administrations spéciales et racistes. Ce n’est pas un appel à une politique de droit d’asile plus humaine. Il est fatal de croire pouvoir obtenir quelque chose en adressant des revendications aux dominants. L’exemple des récentes expulsions vers le Liban démontre clairement la froide logique de politiciens expulseurs impitoyables. L’application administrative et technique des instructions du sénat berlinois ou du ministre de l’intérieur, non seulement fait partie intégrante de cette politique, mais en est aussi la condition nécessaire. À Berlin, c’est la ZSA, une administration spéciale, spécialement créée pour les réfugiéEs arrivant ici, qui joue ce rôle.

L’action de cette administration repose sur des postulats directement liés aux intérêts des alliés européens : il s’agit de se protéger de façon systématique contre les mouvements de migrantEs venus du monde entier par la fermeture des frontières, et de l’accès à Berlin Ouest en premier lieu, et par la canalisation et la concentration des réfugiéEs dans des camps ou centres de regroupement.

Tout comme le registre central des étrangers à Cologne et les services des étrangers chez les flics, la ZSA est organisée de manière parfaitement centralisée – se distinguant en cela des autres administrations sociales, structurées par communes, voire par districts. Avec un appareil administratif optimisé et une utilisation stricte de tout son arsenal d’outils sociaux-techniques, cette administration spéciale et raciste pose des critères de contrôle des conflits sociaux à venir. Outre la répartition des réfugiéEs dans les camps en RFA, et souvent dans les camps de regroupement de la croix rouge allemande, la ZSA gère « l’assistance sociale et médicale ». Elle est en parfaite symbiose avec la croix rouge pour ce qui est de l’exploitation et de l’oppression au quotidien des habitantEs des camps. Cela commence avec le fait de contraindre les réfugiéEs à faire des demandes de colis sociaux auprès de la ZSA, en leur interdisant de travailler pendant deux ans et en leur refusant ainsi le moyen de gagner leur vie. La ZSA accorde une aide sociale dont le taux a considérablement diminué : les réfugiéEs reçoivent 50 marks par mois et, s’ils ne vivent pas en centre, 190 Marks en bons d’achats, mais la ZSA utilise tous les moyens possibles, le plus souvent la suppression des bons d’achats, des colis sociaux, des paiements de loyers, etc… pour essayer d’obliger les réfugiéEs à vivre dans les camps de regroupement.

La concentration en camps répond à trois raisons principales : premièrement, elle assure l’utilisation et l’adaptation des réfugiéEs au marché du travail puisqu’on peut les contraindre plus facilement à accepter n’importe quel travail ; deuxièmement, la croix rouge allemande se fait un maximum de fric par la gestion des camps. C’est ce dont nous avons parlé dans notre déclaration relative aux incendies de voitures de fonctionnaires de la croix rouge. Troisièmement, l’encasernement de réfugiéEs de différentes nationalités vise à réduire leur capacité de résistance : on les monte les unEs contre les autres et on les détourne ainsi de l’organisation d’une indispensable entraide, tout comme on tente d’empêcher la mise en place de structures clandestines. Enfin, mais c’est tout aussi important, les barbelés entourant les camps rendent difficile le fait de se mêler au milieu local. Le niveau de vie maintenu au plus bas et le non-respect de l’aide la plus élémentaire – rétention des bons maladies, refus d’attestations, délaissement de traitements maladies – ne constituent pas le sommet de l’arbitraire mais sont la méthode employée par un appareil administratif raciste, fonctionnant de manière logique.

Notre but n’est pas de lutter pour l’amélioration de la technocratie sociale, nous attaquons cette administration spéciale par principe.La ZSA, et avec elle toutes les administrations racistes, doit disparaître !

RZ