Rote Zora : une histoire en catimini…

Le 16 novembre 1973, lors d’attaques contre l’entreprise ITT à Berlin-Ouest et Nuremberg, les Revolutionäre Zellen (RZ, Cellules révolutionnaires) signent leur première action pour dénoncer la participation de cette multinationale au putsch militaire de Pinochet1. Après que se sont formés la Fraction Armée rouge2 en 1968 et le Mouvement du 2 Juin en 1971, les Cellules révolutionnaires sont le troisième groupe à marquer la lutte armée en RFA. C’est grâce aux contacts établis à travers tout le pays lors du mouvement étudiant de 1968 que les liens nécessaires à une action commune ont pu se créer entre groupes. Quelques années de pratique collective ont permis d’aboutir à la création d’une structure qui, par le nom pluriel de Cellules révolutionnaires3, met en avant l’idée d’un réseau de cellules actives. Dans le premier numéro de leur journal Revolutionärer Zorn (Colère révolutionnaire), en mai 1975, les RZ exposent les thématiques de leurs actions : anti-impérialisme, antisionisme et soutien des luttes de travailleurs, de femmes et de jeunes4.

Les RZ axent leurs actions à la croisée des luttes autonomes, des mouvements sociaux de RFA et des révoltes internationales. Ils ponctuent leur quotidien d’actions clandestines d’ampleur, mais réaffirment constamment leur refus d’une hiérarchisation des luttes et des modes d’action, soulignant ainsi que les attentats n’ont de sens qu’intégrés à de larges luttes sociales. Jusqu’en 1993, les Cellules révolutionnaires signent un nombre impressionnant d’attaques, revendiquées par plus d’une centaine de communiqués. Dans un climat social tendu, ils s’exposent alors aux lourdes peines que les lois anti-chaoten_ font peser, bien qu’ils ne s’attaquent qu’à des cibles matérielles — mis à part de très exceptionnelles jambisations6.

Leurs actions, très diverses, se rassemblent en quelques grands thèmes. Leur première apparition, contre la dictature chilienne, sera suivie d’interventions de solidarité avec des mouvements de libération populaire, notamment sandiniste, Palestinien et Kurde. Les États-Unis et l’OTAN, omniprésents en RFA, sont visés à de multiples reprises, essentiellement par le biais de leurs implantations militaires. À un niveau plus local, les actions des RZ se multiplient contre les politiques xénophobes et le maintien des frontières. À cet égard, les centres de rétention sont touchés, mais ce sont également tous les autres lieux d’enfermement institutionnel que les RZ dénoncent durant vingt ans : centres fermés pour mineurs, taules, asiles psychiatriques. La justice (juges, procureurs, avocats, tribunaux) et la police sont bien évidemment des cibles régulières. Y sont associées dans les dommages de nombreuses entreprises de recherche technologique collaborant au flicage et au fichage alors en plein essor. Les technologies génétiques sont elles aussi dénoncées vigoureusement : sous couvert d’avancée médicale, elles participent au renforcement du contrôle social et au contrôle démographique mondial. Les RZ participent également au mouvement massif d’opposition au nucléaire et, au début des années quatre-vingt, à celui contre la construction de l’aéroport de Francfort. Le thème des transports est aussi abordé par diverses actions des RZ, notamment en faveur du tarif zéro qui fait alors l’objet de campagnes populaires en Allemagne de l’Ouest. Enfin, ce sont également des sociétés de construction incarnant la spéculation immobilière et la gentrification des villes qui sont les cibles d’attentats. Et bien sûr, industries et patronat sont visés à plusieurs reprises en solidarité avec les luttes de travailleurs.

Cellules : féminin pluriel

En mars 1975, ont lieu deux actions antisexistes signées par « des femmes des Cellules révolutionnaires » : la cathédrale de Bamberg est incendiée en réponse au « sale rôle de l’Église dans l’oppression des femmes », et une bombe est déposée au Tribunal constitutionnel7 après le rejet de la réforme de l’article 218 sur l’avortement8, déclarée anticonstitutionnelle. Deux ans plus tard, comme il est alors courant dans l’ensemble du mouvement radical, des femmes des RZ font le choix de se séparer de l’organisation mixte en créant leurs propres cellules qu’elles nomment Rote Zora. L’organisation de femmes en non-mixité est alors somme toute relativement ordinaire ; leur pratique de lutte armée l’est beaucoup moins. Nous serions tentés de leur attribuer le terme de guérilla si elles ne mettaient en garde sur ce point : « Le concept de guérilla ne nous convient pas ici, dans la mesure où il vise à conquérir le pouvoir avec des formations militaires. Nous ne voulons pas conquérir mais détruire le pouvoir patriarcal. […] Les groupes militaires portent déjà en leur sein un pouvoir en soi. »9

Après avoir multiplié les mesures répressives tout au long de la décennie, l’État ouest-allemand répond férocement à une importante offensive de la Fraction Armée rouge à l’automne 1977, et ceci en s’attaquant à l’ensemble des mouvements radicaux fortement marqués par l’assassinat en prison de plusieurs membres de ce groupe10. Quelques mois avant cette apogée de la violence d’État, les Rote Zora se forment dans un contexte extrêmement difficile pour la lutte. Pourtant, leur nom témoigne d’une certaine légèreté. Il est tiré du livre de Kurt Held Die Rote Zora und ihre Bande11 qui raconte les aventures de Zora, gamine vivant dans les ruines d’un château avec d’autres enfants des rues. Ils s’organisent ensemble pour parer aux injustices, vivent en solidarité et aspirent à une vie libre. Ce n’est pas là semble-t-il une référence très sérieuse pour un groupe de lutte armée…

Réparties en moins d’une petite dizaine de cellules sur le territoire ouest-allemand, les Rote Zora s’ajoutent au réseau de Cellules révolutionnaires déjà existantes, partagent pour l’essentiel leurs positions, et utilisent les mêmes méthodes d’action et d’organisation. Leur nom porte les mêmes initiales RZ12. Le groupe se démarque cependant des autres cellules par un féminisme radical qui ne parcellise pas leur engagement : l’antipatriarcat est partie prenante d’une lutte totale contre le capital. Les genres et leurs rôles sont abordés comme les éléments d’un mécanisme structurel qui ne peut se comprendre qu’à la lumière d’une analyse politique et économique du système. À l’heure où le féminisme allemand s’étiole sous la pression d’une institutionnalisation croissante et dérive vers une introspection collective stérile, les Rote Zora se distinguent du mouvement des femmes en réaffirmant la connexion intrinsèque entre le combat féministe et la lutte des classes. Ainsi, que ce soit dans leurs actions indépendantes ou dans les actions menées conjointement avec d’autres cellules des RZ, les Rote Zora exposent d’autres angles d’attaque que la question féminine. Elles ne cessent cependant de mettre en évidence que les premières victimes des rouages du système sont les femmes.

La non-mixité des Rote Zora ne les place donc pas en marge des groupes d’action armée mixtes à qui elles apportent de nouvelles perspectives de réflexion, alors qu’elles se distinguent dès la fin des années soixante-dix du mouvement des femmes dont elles font une critique au travers de leurs actions et de leurs analyses : « Notre constitution en tant que groupe autonome de femmes au sein des Cellules révolutionnaires (RZ) a coïncidé d’une part avec la vague de désolidarisation à l’égard de la politique armée / militante qui a eu lieu en RFA en 1977, et d’autre part avec une polarisation du mouvement des femmes et lesbiennes13. Malgré de brillants débuts, le « nouveau mouvement féministe » — avec son abondance initiale d’actions militantes contre le sexisme et sa remise en cause radicale des conditions de vie personnelles était déjà sur le déclin dans le dernier tiers des années soixante-dix. […] Une partie des femmes et lesbiennes a renoncé à tenter d’imposer de manière offensive des revendications politiques, a renoncé aux actions de portée politique pour se replier sur l’intériorité et l’ésotérisme. D’abord comprise par de nombreuses femmes et lesbiennes comme un élargissement de l’action féministe politique, pour beaucoup cette voie s’est rapidement avérée être une limitation consciente d’une politique féministe radicale et visible. »14 La tendance dénoncée ici est symptomatique d’un courant de l’autonomie développé au cours des années quatre-vingt — dont nous avons aussi notre équivalent et dont nous constatons encore les écueils. Néanmoins, les Rote Zora ont eu de nombreux soutiens au cœur du mouvement des femmes, notamment dans les mouvements lesbiens.

Alors que la moitié des membres de la RAF sont des femmes, celles-ci seraient au total un tiers des participants aux trois principaux groupes de lutte armée que sont la RAF, le Mouvement du 2 Juin et les RZ15. Et si leur nombre est remarquable au sein de la RAF, c’est surtout le rôle qu’elles y assument qui est exceptionnel. Pour autant, la RAF n’a jamais posé ses actions sur des bases antipatriarcales et l’absence de liens avec le mouvement des femmes a pu être déplorée a posteriori par certains de ses membres16 . Pour leur part, les Cellules révolutionnaires ont énoncé dès leurs débuts la libération des femmes comme l’une des bases de leur combat. En s’organisant de manière autonome, les Rote Zora développent ce pan de réflexion et d’actions, et constituent du même fait le seul véritable groupe non-mixte d’ampleur ayant opté pour l’action armée. D’autres groupes autonomes d’action directe se composent alors à cent pour cent de femmes (telles les Amazones de Berlin-Ouest) mais aucun autre ne s’est maintenu aussi longtemps que les Rote Zora, ces pétroleuses usant à de très nombreuses reprises de bombes incendiaires et d’explosifs contre des instruments et des lieux d’oppression.

Chaque cœur est une bombe à retardement

Après s’être un peu dévoyées dans une série d’actions contre des sex-shops en 1978 — et elles le reconnaissent dans leur brochure Mili’s Tanz auf dem Eis17 — les Rote Zora s’attaquent rapidement à des instituts, entreprises et personnes en tant que rouages de cette société capitaliste de domination masculine. Leurs actions sont revendiquées avec le souci constant de « montrer que l’injustice et la violence ne sont pas seulement structurelles, mais qu’elles ont des auteurs tangibles et attaquables »18, et d’encourager à la multiplication de ce type d’actes. Dans cette perspective, elles affirment l’impératif pour les femmes de rompre avec l’impuissance de la victime, et soulignent la jouissance que procure l’attaque. Pour contrebalancer un aspect folklorique de la violence politique qui a tendance à fasciner et donc à distancier (danger, aventure, ruse, habileté, capacités techniques, etc.), elles mettent en avant le plaisir que les actions peuvent procurer et soulignent la nécessité de démystifier la lutte armée, qui est dans la réalité souvent constituée de tâches quotidiennes peu valorisantes. De plus, « cet engagement dans la « lutte armée » devient souvent mystifié comme action révolutionnaire per se. Considérer comme particulièrement radicale la forme de lutte en soi, séparée du fond, engendre une mystification de la violence qui ne rompt pas avec sa définition dominante. »

S’il n’est pas plus à glorifier qu’une autre forme de lutte, ce type d’actions impose tout de même d’emblée une rigueur, une patience, et une minutie extrême qui lui confèrent une place particulière. Éviter les accidents pour soi comme pour les autres est un impératif qui ne laisse aucune marge d’erreur. De plus, à chaque étape — repérage, préparation, action — il faut prendre en compte la répression qui sera elle aussi toute particulière. Il s’agira dès lors de ne rien mystifier mais néanmoins de bien prendre la mesure de l’acte.

Dans les années quatre-vingt, les Rote Zora multiplient les actions dans toute la RFA en alternant actions conjointes avec les RZ et actions indépendantes. Elles entament au début de cette décennie une campagne contre la politique mondiale de contrôle des populations et contre les biotechnologies. Ces thématiques sont pour elles centrales dans la lutte antipatriarcale. Elles participent alors à de larges campagnes qui se développent tant dans la sphère légale que sur un terrain illégal. Elles ciblent alors essentiellement des centres de recherche en génétique, humaine ou agricole, des sociétés pharmaceutiques impliquées dans les stérilisations forcées, ou encore des acteurs et complices du commerce international de femmes. Leur contribution est donc matérielle, par les destructions qu’elles causent, mais réside aussi pour beaucoup dans les discussions que leurs positions provoquent. Leurs actions au début des années quatre-vingt ne se cantonnent cependant pas à ces seules thématiques puisque des spéculateurs immobiliers, des industries d’armement ou des sociétés de nouvelles technologies d’information font aussi les frais de leur colère durant cette période.

Des actions sont menées conjointement par les Rote Zora et les RZ jusqu’en 1985 : ensemble ils participent à une campagne très populaire pour la gratuité des transports entamée en 1975, en causant de multiples destructions, en imprimant et en distribuant de faux tickets dans une dizaine de villes du bassin de la Ruhr ; en 1982, à l’occasion du sommet de l’OTAN et de la venue de Reagan, une dizaine d’attentats cosignés visent des entreprises et installations américaines dans toute la RFA ; en février 1983, une attaque contre un médecin dénonce les stérilisations forcées ; en août 1984, des attentats sur les entreprises Kreutzer et Koch rappellent l’exploitation de la main d’œuvre carcérale et psychiatrique ; et enfin, en avril 1985, le dernier attentat commun vise Siemens dans le cadre d’un sommet du G7. En outre, les RZ et Rote Zora écrivent ensemble en décembre 1983 un texte critique sur le mouvement pacifiste19 qui fit date, texte dans lequel ils décrivent celui-ci comme un mouvement bourgeois préoccupé uniquement par la paix des métropoles.

À partir de 1985, les Rote Zora se séparent plus nettement des Cellules révolutionnaires. Cette décision, qui, dans un premier temps, n’est pas une scission mais le choix d’une autonomie accrue grâce à une séparation plus marquée des structures d’organisation, est ultérieurement expliquée par plusieurs facteurs20 . Pour l’essentiel, il s’agit d’abord du sentiment d’une inadéquation entre un discours féministe radical et une organisation mixte obligeant à certaines concessions, notamment à la nécessité de procéder à une hiérarchisation des luttes — puisque les hommes ont souvent une fâcheuse tendance à repousser la question de la libération des femmes au profit d’autres thèmes21. Ensuite, de la difficulté des rapports avec les hommes des Cellules révolutionnaires liée à l’impossibilité de faire admettre que la domination patriarcale est constitutive du pouvoir et qu’il ne peut y avoir de distinction entre « luttes générales » et « luttes spécifiques aux femmes »22. Et enfin, de questions de désaccords méthodiques puisqu’elles refusent deux nouveaux choix des RZ : la spécialisation (jusqu’alors chacun pouvait assumer tout type de tâche) et les attaques contre des personnes par jambisation.

L’une des actions les plus célèbres et les plus fructueuses des Rote Zora a lieu en 1987 : les Rote Zora soutiennent des travailleuses sud-coréennes alors en grève contre l’entreprise de textile Adler, l’une des plus grandes compagnies de manufacture de vêtements de RFA et dont la production a augmenté sensiblement grâce aux faibles salaires de ces ouvrières. Durant l’été 1987 a lieu une série d’attaques à la bombe incendiaire dirigées contre le siège social de l’entreprise et une dizaine de magasins de la chaîne Adler. Ces attaques, menées par les Rote Zora et auxquelles ont participé les Amazones de Berlin-Ouest, causent des millions de dollars de dégâts. Elles sont l’une de leurs plus belles victoires : Adler cède rapidement et prend en compte les revendications des Coréennes en grève. Les Rote Zora expliquent leur geste dans le communiqué de revendication : « nous ne nous battons pas pour les femmes du tiers-monde, nous nous battons à leurs côtés ».

En décembre 1987, une vague de perquisitions fait suite à des actions contre les technologies génétiques et de reproduction et les politiques xénophobes. Conscientes des difficultés qu’annonce cette offensive policière nommée Aktion Zobel, les Rote Zora se font plus discrètes. En décembre 1993, dans Mili’s Tanz auf dem Eis, elles énumèrent les difficultés auxquelles le mouvement est confronté : « Au cours des cinq dernières années durant lesquelles nous n’avons pratiquement pas fait parler de nous, nous nous occupions à notre niveau de tâches et questions de fond et d’organisation. Différents événements et évolutions nous ont amenées à ressentir et à admettre qu’il n’était pas possible de simplement continuer ainsi sans accroc : à ce moment-là, il y avait une vague de répression, avec les enquêtes policières, les perquisitions, les procédures judiciaires et les arrestations du 18 décembre 1987, le déclin du mouvement contre les technologies génétiques et de reproduction, la guerre du Golfe, l’intégration de la RDA, la dissolution du bloc de l’Est, l’intensification des offensives racistes / antisémites / fascistes contre les Noirs, contre les Juifs, les personnes sans abri, les lesbiennes et les gays, contre les femmes, les hommes et les enfants handicapés, et contre l’extrême gauche, l’augmentation de la violence sexiste — publique et « privée » et tout autour de nous l’impuissance et la désorientation (probablement résultant de tous ces événements). »

La réunification allemande bouleverse en effet les conditions politiques du pays. Au début des années quatre-vingt-dix, l’axe de lutte se concentre sur l’antiracisme et l’antifascisme pour faire face à la résurgence du sentiment national, et avec lui des groupes néonazis. Bien que n’organisant plus d’actions conjointes, les RZ comme les Rote Zora orientent leurs attaques contre les politiques xénophobes. Face à l’ampleur de l’offensive et au peu de réactivité de la population, quelques RZ estiment que la gauche radicale a échoué sur cette question de politique migratoire. Pourtant, de nombreuses actions contre les politiques xénophobes ont été menées par quantité de groupes à travers toute l’Allemagne. Une fois de plus, les actions et textes des Cellules sont sujets à débats, commentaires et discussions. Sur le thème de la politique migratoire comme sur d’autres thèmes abordés antérieurement, les RZ et Rote Zora auront enrichi le mouvement tant par leurs positions que par les critiques qu’elles suscitent.

Le 3 octobre 1993, les Cellules révolutionnaires revendiquent leur dernière action (contre la police des frontières) alors que certains groupes des Cellules se sont déjà autodissous. À la même période, les attaques des Rote Zora connaissent un soubresaut. Elles s’attaquent en 1994 à la société Weigl-MEIGO, société qui vend aux municipalités d’infâmes colis alimentaires venus remplacer l’aide pécuniaire plus substantielle autrefois accordée aux réfugiés. Un an plus tard, en juillet 1995, par l’attaque du chantier naval de Brême, elles dénoncent la politique militaire de l’Allemagne qui vend des bateaux de guerre à l’armée turque. Les Rote Zora signent à cette occasion leur dernier communiqué.

En 1992, les services de renseignement confondent dans leurs calculs les actions des RZ et des Rote Zora et en estiment le nombre à 285. En 2001, lors du procès de membres présumés des Cellules révolutionnaires, le parquet fait les comptes à son tour et considèrent les RZ et les Rote Zora responsables de 186 attentats entre 1973 et 1995. 45 sont attribués aux seules Rote Zora. Leurs très nombreux communiqués d’actions, sans confirmer ces chiffres, ne laissent aucun doute quant à leur efficacité, et leur dynamisme n’explique pas à lui seul cette capacité de nocivité : la construction d’une structure solide et le soutien dont toutes les cellules ont bénéficié ont été primordiaux.

Créez de nombreuses cellules révolutionnaires !

Beaucoup d’autres groupes militants autonomes ont été des composantes à part entière du mouvement révolutionnaire en RFA, et ont mené des actions directes, particulièrement nombreuses dans certains domaines comme l’antinucléaire. Et si les Rote Zora s’en distinguent, c’est avant tout par leur choix de non-mixité, la diversité de leurs cibles, l’ampleur de leurs attentats, la longévité et l’efficacité du groupe : vingt ans se sont écoulés entre l’attaque du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe par des femmes des Cellules révolutionnaires et l’attentat contre un chantier naval de Brême. Vingt ans, c’est aussi la période qui sépare les premières des dernières attaques des RZ.

En 1987, il a fallu moins d’une semaine pour que soient écoulés les 3 000 exemplaires du livre Der Weg zum Erfolg (la Voie de la réussite) dans lequel les Cellules révolutionaires expliquent leurs stratégies et actions. Le fait est significatif de l’intérêt que suscitent les RZ et les Rote Zora. Le climat politique lui-même et la nébuleuse de mouvements révolutionnaires leur apportent un soutien inestimable et un écho certain. Si cela importe pour la répercution de leurs discours, cette popularité compte aussi dans la stratégie d’organisation.

Les RZ / Rote Zora se veulent plus un concept qu’une structure, en témoigne le slogan « Créez une, deux, trois, de nombreuses cellules révolutionnaires ! ». Contrairement à la RAF, qui est malgré elle relativement enfermée dans une lutte de soutien à ses prisonniers et à un bras de fer avec l’État, les RZ et Rote Zora font en sorte de rester liés à la base sociale avec l’objectif de multiplier les foyers de révolte et les cellules en éveil, pour « gagner les cœurs et les esprits ». Écartant le choix de la clandestinité totale, dans ce souci de rester proche des luttes, elles choisissent de propager la lutte armée au même titre qu’elles encouragent à d’autres types d’actions beaucoup moins criminalisées. Pour l’ensemble des Cellules, l’action armée n’est à considérer que comme une part du mouvement révolutionnaire et s’associe à de larges campagnes, à des mouvements sociaux et n’a pas de primauté sur le fait de distribuer des tracts, des brochures, de manifester, de publier, de squatter, d’organiser des grèves, etc. Effectivement, si l’on accorde une préférence à la légalité, ou à l’illégalité, c’est que le Droit a conservé sa valeur et qu’il est encore en mesure d’influencer intérieurement l’action. Il faut donc prendre en compte la loi comme n’importe quel autre élément constitutif de l’élaboration de toute pratique, et considérer l’État comme une simple mosaïque de puissances dont l’efficacité réelle est à évaluer, pour déceler les moments et les endroits où sa puissance peut être brisée.

Ainsi, un réseau solide assure des bases de repli et de soutien. Et la méthode est efficace, tant concernant la stratégie des opérations que l’esquive de la répression, puisque cela a longtemps permis aux Rote Zora d’être publiquement actives sans que soient repérées leurs activités clandestines.

Ne pas se plier à l’alternative posée par l’État, « au libre choix entre deux types d’existence meurtrière » que sont la clandestinité (underground) ou la vie à découvert (overground). Autant le romantisme de l’illégalisme est stérile, car il pose d’emblée une distanciation dans la lutte, autant le crétinisme du légalisme (et de l’illusion pacifiste) comme principe nous enchaîne à l’État dans la pire position de soumission. En effet, la frontière entre légalité et illégalité est une frontière imposée par l’État, et tout mouvement d’émancipation ne doit la prendre en compte que d’un point de vue tactique, et non comme une question de principe. L’enjeu est alors, tant intellectuellement que sentimentalement, de s’émanciper de la puissance de l’ordre établi, et de n’aborder l’État, le Droit et les lois que sous un angle purement stratégique et non plus comme un ordre naturel. Et c’est ainsi que les Berlinois du Mouvement de 2 Juin, très pragmatiques, démystifient le passage à la clandestinité : « La vie illégale n’est pas grand chose. Ça peut arriver à n’importe qui, c’est comme de marcher dans une merde de chien. […] Elle est quelque chose de tout à fait quotidien dans un État policier. Nous devons rester réalistes. »23 C’est dans cette prise de position, dénuée de tout principe face à la loi, que réside la seule façon de nier pratiquement, par principe, la validité du Droit et de l’État.

Le mode opératoire que s’imposent les RZ permet une grande visibilité de leurs actions, sans les obliger à entrer en totale clandestinité : organisation horizontale, noms de code, absence d’informations entre cellules sur leur constitution. Une dizaine de cellules sont coordonnées mais toutes les personnes faisant partie des RZ ne se connaissent pas et les contacts entre cellules sont limités au maximum. Pour que soit possible la cohérence des actions et le fonctionnement de leur journal Revolutionärer Zorn24, on peut cependant imaginer des rencontres sporadiques d’un très petit nombre de membres des différentes cellules. Tout est mis en œuvre pour que la discrétion de l’organisation soit protégée, et avec elle les personnes qui la composent. La sécurité implique une prise de renseignements sur ceux et celles qui veulent entrer dans les Cellules (sur la famille, les relations amoureuses, le passé, les amitiés, etc.) pour éviter les indics et infiltrés. Entre membres des RZ, des distances apparentes sont conservées en public. Le fragile secret de leur identité politique tient à des précautions quotidiennes soigneuses. L’organisation stricte de la communication, des déplacements et de la préparation des actions garantit une sécurité nécessaire aux groupes, ainsi qu’un certain cloisonnement qui permet d’éviter un effet domino en cas de problème : des événements ultérieurs le confirmeront. Par ailleurs, on peut penser que d’autres cellules aient répondu à l’appel « Créez de nombreuses cellules révolutionnaires » sans avoir été en contact avec ce réseau.

Les RZ et les Rote Zora ont des structures qui laissent la prise de décision et le choix des cibles se faire de manière décentralisée. Les groupes élaborent ensemble les axes stratégiques — au travers notamment de leur journal paru en neuf numéros de mai 1975 à octobre 1986, Revolutionärer Zorn, qui fait le lien entre les cellules des différentes villes — mais chaque cellule agit de manière autonome en accord avec les principes et objectifs d’action que le mouvement s’est fixés. Les textes venus des différentes cellules sont, semble-t-il, rassemblés, soumis à la lecture et aux discussions de chaque cellule puis publiés dans le Revolutionärer Zorn afin d’être rendus publics. Par le biais de ce journal, de fréquents conseils techniques sont aussi partagés et diffusés au sein du mouvement autonome. La fabrication et la manipulation d’engins explosifs est très dangereuse et, tout autant que la nécessité d’agir, l’ensemble du mouvement radical a toujours pris très au sérieux le risque d’accident. Il préfère alors se charger de la diffusion de recettes assorties de nombreux conseils de précaution — tel que toujours procéder au préalable à des tests avec de petites quantités — plutôt que laisser circuler des recettes peu fiables.

Un livret pratique explique ainsi les méthodes employées — toujours artisanales et avec du matériel que chacun peut se procurer, pour des questions de sécurité et d’accessibilité — pour que d’autres groupes puissent les tester, les améliorer, et, le cas échéant, les critiquer. L’utilisation d’explosifs, que les RZ préfèrent aux autres moyens de destruction, est cependant très souvent remise en cause par les groupes autonomes : l’appel à des mesures précautionneuses ne suffit pas à écarter tout risque d’accident et leur utilisation ne semble pas toujours se justifier par les destructions qu’ils provoquent, égalables par d’autres moyens.

En février 1987, les RZ déposent une charge explosive au ZSA25 de Berlin qui en éventre la façade. Cinq mois plus tard, les dénommés Revolutionäre Viren26, avec quelques litres d’essence, incendient totalement cette administration chargée du traitement des demandes d’asile. Efficaces, les Revolutionäre Viren font ainsi une critique en acte des méthodes des RZ. Une certaine satisfaction s’exprime alors au sein du mouvement radical qui apprécie l’ironie de la situation, et qui, concernant le ZSA, retiendra davantage l’action des Revolutionäre Viren que celle des RZ.

Les RZ suscitent une autre controverse importante, au sujet de l’implication de quelques-uns des leurs dans des actions internationales. La participation de ceux-ci aux côtés du Front populaire de libération de la Palestine à deux actions d’envergure (la prise d’otages au siège de l’OPEP à Vienne en 1975 et le détournement d’un vol Tel-Aviv -Paris sur Entebbe en 197627 ) puis dans des opérations avec Carlos semble relever d’une implication personnelle, et non d’une stratégie décidée collectivement. C’est pourtant l’ensemble des RZ qui devra répondre à ce sujet aux critiques récurrentes, en décembre 1987, après la mort d’un ex-RZ, dans le texte « Gerd Albartus est mort ». Bien que, selon ce texte, les Cellules semblent s’être orientées vers deux branches distinctes, l’une social-révolutionnaire agissant sur le territoire de la RFA et l’autre internationaliste travaillant avec des groupes de lutte armée étrangers, les communiqués de revendication des RZ n’ont toujours concerné que les actions limitées aux frontières allemandes. Aucune de ces actions internationales n’a été cosignée par les Cellules. Pourtant, ce texte sème le trouble, et plus encore, surprend la mouvance radicale qui découvre l’implication complexe de certains RZ dans des actions internationales qui lui sont stratégiquement étrangères, car elles impliquent un face à face plus direct avec l’État.

Dans les années quatre-vingt, les RZ et Rote Zora s’organisent au milieu d’une multitude de groupes. Certains ont d’ailleurs pu attaquer des cibles semblables aux leurs, telles que, par exemple, Siemens, l’institut Max-Planck ou des bases militaires américaines. D’une manière générale, les RZ et Rote Zora ne sont jamais isolés, et les campagnes qu’ils et elles engagent alimentent les débats internes à la mouvance, tout en suscitant un débat public large. Bien que la RAF et les RZ soient les deux groupes dont l’histoire ait principalement retenu les noms, il ne faut pas oublier que c’est avant tout ce foisonnement de groupes actifs qui a marqué la période. Durant ces années, environ 70 % des attaques étaient signées par d’autres groupes que les RZ et la RAF28 .

Tous ensemble, ils font preuve d’une réelle efficacité et les moyens policiers dédiés à la traque des mouvements de lutte armée et des groupes actifs sont immenses. Les mailles se ressèrent avec les années, et si les autonomes sont seulement affaiblis, les Cellules et les Rote Zora quant à elles mettent bel et bien un terme à leur histoire. Leurs expériences, leurs réflexions et leur stratégie n’ont pas cessé d’influencer les mouvements radicaux, sans pour autant en avoir constitué une avant-garde. Les Rote Zora ont en outre établi une critique efficace du mouvement des femmes. Leurs actions et leurs textes ont contribué au développement d’un féminisme politique révolutionnaire enrayant les contradictions du féminisme culturel pseudo-radical. Le combat des femmes n’a pas d’issue dans la cause égalitariste mais sur tous les autres fronts.

La fin d’une histoire ?

Pour les autorités, les RZ et les Rote Zora ont eu, et conservent jusqu’à aujourd’hui, une dimension largement inconnue : leur clandestinité n’était que relative et leur vie à découvert rendait paradoxalement leur identification difficile —ils étaient d’ailleurs qualifiés de Feierabend-Terroristen29 — tandis que l’organisation décomposée en petites structures compliquait la reconstitution du puzzle. En 1977, l’arrestation de Gerd Albartus et de Enno S. permet à la police d’identifier un minimum les RZ sur lesquelles elle n’avait jusqu’alors aucun élément. Par la suite, elle recueille la plupart de ses informations sur le fonctionnement de l’organisation et sur ses membres essentiellement grâce aux déclarations de deux autres personnes arrêtées, et repenties. Puis, en 1978, elle soutire de nouveaux éléments à un membre des RZ hospitalisé et soumis à de très forts calmants : une bombe qu’il manipulait lui a fait perdre les yeux et les pieds. Sous l’effet des médicaments, il donne malgré lui des noms, des informations sur le fonctionnement du groupe, les codes et les lieux de rencontre utilisés fréquemment. Quelques semaines plus tard c’est Hans-Joachim Klein (ex-RZ ayant participé à la prise en otages des ministres de l’OPEP en 1975 à Vienne) qui accorde une interview au Spiegel30.

Tarek Mousli a, quant à lui, été le principal témoin à charge d’un procès ouvert en mars 2001 contre cinq membres présumés des RZ pour des attentats commis entre 1986 et 1991. Toutes les accusations sont basées sur ses déclarations alors qu’il a négocié sa sortie de scène avec la police pour continuer sa vie sous une nouvelle identité. Taupe ou repenti, quel qu’ait été son véritable rôle policier, il permettra aux juges de condamner en 2004 Rudolf et Sabine à trois ans et neuf mois, Matthias à quatre ans et trois mois et Axel et Harald à deux ans et dix mois.

Du côté de Rote Zora, les informations sont nulles. Grâce à quoi, jusqu’à la fin de l’activité du groupe, aucune femme n’a été condamnée pour avoir directement participé à ses attentats. Des arrestations ont pourtant bien eu lieu, notamment en décembre 1987 lorsque la police organise d’importants raids à travers la RFA dans le cadre de l’enquête sur les attentats commis contre des acteurs de la recherche en technologie génétique et de reproduction. Plusieurs personnes qui ont échappé aux raids entrent en clandestinité tandis qu’Ingrid Strobl (du journal féministe Emma) et Ulla P. (de Frauen gegen Bevölkerungspolitik) sont accusées d’avoir soutenu les Rote Zora. La pression de la rue, la solidarité et l’évident manque de preuves permettent la remise en liberté d’Ulla après huit mois de détention préventive. À cette époque, le mouvement des femmes issu de l’autonomie est très fort, ce qui permet qu’un important mouvement s’organise pour la libération d’Ingrid Strobl et contre l’isolement en détention infligé au titre de l’application de l’article de loi 129a.

Ingrid est condamnée en 1989 pour « soutien à un groupe terroriste » à trois ans de prison, mais le jugement est annulé en cour de cassation en 1990 : Strobl aurait manifesté son soutien aux Rote Zora, notamment par écrit, mais il est reconnu que cela ne suffit pas à constituer une preuve de son implication dans les attentats. La procédure qui la visait portait sur l’achat d’un réveil ayant servi de détonateur. Ce sont en effet les réveils qui seront à plusieurs reprises l’objet d’attention dans les enquêtes : les Rote Zora utilisaient des réveils d’une même marque et d’un même type. La police avait donc fait numéroter à la fabrication tous les réveils semblables à ceux retrouvés sur les précédents attentats et fait placer des caméras chez tous leurs revendeurs.

Le jour des perquisitions et arrestations de l’Aktion Zobel, en décembre 1987, Corinna K. évite les raids de la police et fait partie de ceux qui passent en clandestinité. Elle se rend aux autorités fédérales le 25 octobre 1995 et son procès commence en mars 1998. Elle est accusée d’avoir été membre des RZ et des Rote Zora pendant onze mois en 1987, et condamnée à dix-huit mois avec sursis. Jusque là, elle est donc la seule à avoir été frappée par l’article 129a pour participation aux Rote Zora…

Mais en décembre 2006, Adrienne G., alors âgée de 58 ans, se rend aux autorités fédérales après une cavale de dix-neuf ans. Lors de son procès en avril 2007, elle sera jugée pour appartenance à une organisation terroriste au sein des Rote Zora : elle aurait été filmée en train d’acheter deux réveils

numérotés par la police et qui ont servi lors des attentats de décembre 1986 (centre de technologie génétique de Berlin) et juin 1987 (Adler à Haibach). Jugée vingt ans après les faits, Adrienne est condamnée à une peine de deux ans avec sursis.

La capacité des Rote Zora d’esquiver la répression tout au long de leur vingt ans d’activité est une raison suffisante pour s’intéresser à leur mode de fonctionnement. Mais c’est loin d’être l’unique élément qui nous ait paru digne d’intérêt et qui nous ait encouragés à traduire et publier quelques-uns de leurs communiqués et interventions, plus de trente ans après la création de leur groupe : les questions soulevées par leurs textes et leurs actions restent d’une actualité brûlante et le resteront tant que durera ce vieux monde. Les Rote Zora imposent la violence révolutionnaire et expliquent d’une manière claire et directe le choix de l’offensive. Que ce choix soit entendu et reconnu nous importe, et plus encore qu’il soit compris comme une preuve de la possibilité de rompre avec l’ascendant de la peur. Et si nous avons voulu nous pencher particulièrement sur cette bandite de Rote Zora, c’est pour propager son mot d’ordre : « La résistance est possible! »

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1. À la fin des années soixante, les États-Unis contrôlent plus de 80 % des grosses industries chiliennes. ITT Corporation, qui possède 70 % de la compagnie de téléphone chilienne Chitelco, verse, avec d’autres multinationales états-uniennes implantées au Chili, des fonds dans les caisses noirs du Parti républicain de Nixon. ITT promet un million de dollars supplémentaires contre la mise à l’écart d’Allende. C’est pour Nixon une motivation supplémentaire pour aider Pinochet à accéder au pouvoir en 1973.

2. Rote Armee Fraktion ou RAF.

3. Pour des raisons de sécurité, les RZ délaisseront le pluriel au milieu des années quatre-vingt après l’avoir employé dix ans. Chaque groupe du réseau signe alors d’un « Cellule révolutionnaire » au singulier.

4. Pour le détail des actions des Cellules révolutionnaires, voir la chronologie en annexe.

5. Se traduit par semeurs de chaos.

6. Tir dans les jambes.

7. Le Tribunal constitutionnel fédéral (Bundesverfassungsgericht) est la cour constitutionnelle allemande. Siégeant à Karlsruhe, il juge de la conformité des lois avec la Loi fondamentale de 1949.

8. Le paragraphe 218 du code pénal a été adopté en 1871 et interdit toujours l’avortement. Mais, depuis la loi du 21 août 1995, sa pratique n’est dans les faits plus condamnable en deçà de 12 semaines de grossesse.

9. Rote Zora, Mili’s Tanz auf dem Eis, décembre 1993.

10. Voir le texte De l’Automne allemand au déluge sécuritaire.

11. Zora la rousse et sa bande, traduisible aussi par Zora la rouge et sa bande. Ce livre sera adapté en série télévisée en 1978.

12. Nous utilisons donc le sigle RZ pour dénommer uniquement les Cellules révolutionaires (Revolutionäre Zellen).

13. FrauenLesben Bewegung est le terme employé couramment en allemand pour désigner le mouvement mais dans Mili’s Tanz auf dem Eis, les Rote Zora précisent : « Nous comme beaucoup d’autres ne trouvons pas la notion de FrauenLesben satisfaisante : elle peut donner l’impression qu’être lesbiennes n’est pas être femmes, qu’elles sont exclues de la condition sociale de femmes ».

14.  Rote Zora, Mili’s Tanz auf dem Eis, décembre 1993.

15. Anne Steiner et Loïc Debray, RAF, guérilla urbaine en Europe occidentale, L’Échappée, 2006.

16. Voir le témoignage de Stefan Wisniewski: Wir waren so unheimlich konsequent… Ein gespräch zur Geschichte der RAF mit Stefan Wisniewski, ID-Verlag, Berlin, 1997.

17. « Nous voyons rétrospectivement qu’une certaine part de l’importance qui a été accordée à l’industrie du sexe et à ses magasins comme expression du sexisme est due au poids de la morale bourgeoise chrétienne : penser en termes de « bonnes » et « mauvaises » sexualités a bloqué et / ou restreint l’attention sur d’autres secteurs « ordinaires » de violence sexuelle contre les femmes (mariage, famille, relations hétéro, éducation à l’hétérosexualité). […]Un autre point important est l’exclusion pratique des prostituées et des femmes travaillant dans l’industrie du sexe, et donc la ségrégation « d’autres femmes »  dans nos attaques (et analyses). »

18. Rote Zora, Mili’s Tanz auf dem Eis, décembre 1993.

19. Brochure In Gefahr und höchster Not bringt der Mittelweg den Tod ! Krieg-Krise-Friedensbewegung, décembre 1983.

20. Ces éléments sont exposés dans Mili’s Tanz auf dem Eis.

21. « La discussion autour de thèmes politiques « généraux » comme par exemple la lutte pour le logement, la lutte contre les taules, le mouvement pour la paix, les interventions impérialistes, etc., nous menaient plus loin quant à la compréhension de la situation patriarcale. Tant que nous n’étions pas en mesure de trouver aussi dans ces luttes des approches d’une libération des femmes, ou au contraire de nous tourner directement vers les luttes antipatriarcales, nous devions constamment décider si nous devions placer la poursuite de nos intérêts de femmes et le développement d’une résistance féministe en faveur d’une participation à ces luttes. Ces réflexions ont contribué à la séparation ultérieure des RZ. »

22. « Les querelles usées, sans fin, dans lesquelles nous avons essayé de faire comprendre et d’imposer que la lutte des femmes ne peut pas être une lutte de secteur, mais que se libérer du patriarcat est fondamental pour chaque libération, et l’arrivée de nouvelles femmes qui voulaient s’organiser tout à fait consciemment dans les cadres féminins, et qui n’ont pas compris pourquoi nous fournissions tant d’énergie dans les discussions avec des hommes, nous ont conduit définitivement à la séparation organisationnelle. »

23. Interview Die Unbeugsamen von der Spree des Quatre de Moabit, membres du Mouvement du 2 Juin. Interview pour le Stern jamais publiée par le journal. Brochure de novembre 1978.

24. Colère révolutionnaire.

25.  Zentrale Sozialhilfestelle für Asylbewerber, équivalent de l’OFPRA.

26. Virus révolutionnaires, groupe luttant notamment contre les biotechnologies et technologies génétiques dans les années quatre-vingt.

27. Deux presumés RZ ont été abattus par les forces spéciales israéliennes lors de l’attaque d’Entebbe. Ce détournement a été particulièrement critiqué, et ceci jusqu’au sein même du mouvement radical ouest-allemand, notamment parce qu’il mettait en danger des civils.

28. Idee und Praxis der Revolutionären Zellen und der Roten Zora, 1973-199_. Sur le site http://www.freilassung.de.

29. Terroristes du dimanche. Littéralement, terroristes opérant après leurs heures de boulot.

30. En 1979, dans Retour à l’humanité. Appel d’un terroriste repenti, Hans Joachim Klein donne de nombreuses informations sur le fonctionnement des RZ et sur l’organisation internationale que mène Carlos. Plus tard, il alternera devant la police les dénonciations fantaisistes et les rétractations.

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